Séminaire Design et expérience de l’autre

Tout au long du 1er semestre les étudiants de DSAA ont assisté à un séminaire sur la question de l’empathie.

Si à première vue, le designer ne fait pas l’expérience de l’autre, puisqu’il a pour tâche de concevoir, voire de produire des biens et services, et sans aucune attention portée à l’autre, il reste que l’histoire du design ainsi que sa méthodologie actuelle mettent à mal cette assertion initiale.
D’une part, l’expérience de l’autre est l’expérience fondatrice du design, en tant qu’il manifeste un souci pour cet autre, qui vit dans un cadre matériel jugé insuffisant. Le design est alors animé par ce projet de remédier à cette insuffisance en améliorant les conditions de vie matérielles sous toutes ses dimensions. Au service de l’autre, il ne tire sa valeur que de sa capacité à transformer concrètement et positivement ce cadre.
D’autre part, l’expérience de l’autre est continuellement inscrite dans la méthodologie de conception du design, à la fois historiquement et actuellement. Si la figure de l’autre n’a cessé d’être convoquée avec de plus en plus d’intensité et de prégnance depuis le début des Arts and Crafts de Morris ou du Bauhaus de Gropius et Moholy-Nagy jusqu’au design interactif de Norman, Moogridge et Kolko ou du co-design et design participatif à l’image de la 27e Région, il reste que cette figure a en retour été travaillée par les exigences historiques et méthodologiques de l’époque.
Il suit de là une diversité des figures de l’autre qui peuvent cependant être réduites à trois types, selon les modalités d’expériences mises en jeu, relatives à leurs sources : l’autre concret éprouvé lors d’une expérience sensible, l’autre imaginaire lors d’une expérience empathique, et l’autre abstrait selon une expérience théorique. Cependant, une hiérarchie méthodologique des expériences s’institue, puisque l’autre dans ses dimensions concrètes et théoriques est mis au service de l’autre dans sa dimension imaginaire. Les expériences réelles et scientifiques sont ainsi subordonnées à l’expérience imaginaire, dont elles assurent à la fois le cadre et une partie de la ressource. C’est parce que le designer a à se situer du point de vue de l’autre, qu’il doit monopoliser des dispositifs qui contrôlent et encadrent son identification imaginaire. Sous cette condition, la démarche empathique comprise comme se sentir dans le corps d’autrui (Einfülhung : « ein » signifiant dans et « fülhung » sentir) se distingue d’une part des processus identificatoires partagés par le sens commun et le monde animal, et d’autre part de la sympathie (Mitfülhung : « mit » signifiant avec ), comprise comme sentir avec autrui.

Le séminaire a alors pour but de cerner les contours de ce dispositif méthodologique, de comprendre ses héritages, ses lignes de forces comme ses failles. Nous partirons ainsi de l’expérience de l’autre dans sa plus grande diversité phénoménale et épistémologique pour dessiner l’autonomie et la spécialité des procédures de la démarche du design. Si l’identification empathique est la clef de voute de la démarche de conception en design, elle appelle des éclaircissements d’une part concernant ses conditions de possibilité, d’autre part concernant le rapport qu’elle entretient avec d’autres disciplines, et enfin concernant sa valeur au regard du projet final. Dans cette optique, on accordera une place importante à la diversité des traitements des figures de l’autre, pour dessiner en négatif le propre de la démarche de design et ainsi ouvrir à une réflexion critique ultérieure sur les enjeux de l’autre dans le design.

Guillaume Giroud, professeur de philosophie

PROGRAMME DU SÉMINAIRE
Jeudi 25 Octobre 2012
Bruno Devauchelle (Chargé de Mission TICE, Université Catholique de Lyon Professeur Associé (PAST), Université de Poitiers, département IME, UFR Lettres Langues)
La figure de l’élève, l’autre et le numérique

Lundi 3 Décembre 2012
Olivier Voirol (Maître assistant en sociologie à l’Institut de sociologie des communications de masse (ISCM), Université de Lausanne )
La culture numérique

Mardi 18 Décembre 2012
Daniel Pelligra (Anthropologue à l’Université Lumière Lyon 2, chargé de cours d’ethnologie et de cinéma à l’Institut Lumière et au muséum de Lyon, réalisateur)
Nous autres

Mardi 8 Janvier 2013
Patricia Attigui (Professeur de psychopathologie clinique Psychologue clinicienne – Psychanalyste (APF / IPA) Institut de psychologie Université Lumière Lyon 2)
Jeu, transfert et psychose. De l’illusion théâtrale à l’espace thérapeutique

Lundi 21 Janvier 2013
Alain Blanc (Sociologue, Professeur au Centre de sociologie des représentations et des pratiques culturelles de l’Université Pierre Mendès-France, Grenoble 2)
Le handicap ou le désordre des apparences

 

Illustration : proposition d’affiche pour la Biennale Internationale du design 2013. Merci à Graphéine.

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